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Être occupé n'est pas être productif : le piège de la performance à tout prix

  • Ian-Patrick Thibault
  • 11 août
  • 3 min de lecture

Dans nos environnements de travail actuels, une confusion s'est installée, presque sans qu'on s'en aperçoive : celle entre « être occupé » et « être productif ». On admire celui qui court d'une réunion à l'autre, qui répond à ses courriels à 22h, qui n'a jamais une minute à lui. On associe instinctivement l'agitation à la valeur, la fatigue affichée à l'engagement. Et pourtant, cette équation est fausse et elle coûte cher.


La vraie performance n'a rien à voir avec le temps passé

Être productif, ce n'est pas remplir chaque minute de sa journée. C'est atteindre ses objectifs en utilisant intelligemment son temps, ses ressources et ses méthodes. Une personne qui travaille huit heures dans la dispersion entre notifications, réunions inutiles et tâches mal priorisées sera souvent moins efficace qu'une personne qui travaille quatre heures avec une concentration totale sur ce qui compte vraiment.

Cette distinction paraît évidente sur papier. Mais dans les faits, notre culture du travail continue de valoriser la présence et l'occupation visible plutôt que les résultats réels.


Quand la pression pousse vers des solutions dangereuses

Cette pression constante à la performance a des conséquences concrètes, parfois inquiétantes. Pour tenir le rythme, certaines personnes se tournent vers des solutions risquées notamment la prise de Ritaline sans prescription, dans l'espoir d'améliorer leur concentration et leur endurance mentale.

Le phénomène est loin d'être marginal : une enquête menée dans 15 pays, dont le Canada, révèle qu'environ une personne sur sept a consommé ce type de médicament sans encadrement médical. Un chiffre qui témoigne à quel point la pression professionnelle peut pousser certains individus vers des choix qu'ils n'auraient probablement jamais envisagés autrement.

Le problème, c'est que ces médicaments comportent des effets secondaires bien documentés : perte d'appétit, insomnie, entre autres. Pour contrer ces effets, certaines personnes commencent alors à prendre des somnifères créant ainsi un cercle dangereux, où l'on gère chimiquement l'éveil le jour et le sommeil la nuit, avec un risque réel de dépendance à la clé.


Jusqu'où sommes-nous prêts à aller ?

Cette situation soulève une question qui dépasse largement les choix individuels : jusqu'où sommes-nous prêts à sacrifier notre santé pour répondre aux attentes du monde du travail ? Notre société valorise à un tel point les résultats et la compétitivité que certaines personnes en viennent à des extrêmes qui, dans un contexte différent, sembleraient inacceptables.

La pandémie avait pourtant fait naître un espoir de changement. On parlait beaucoup, à l'époque, d'un nouveau rapport au travail, d'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais dans les faits, les transformations concrètes se sont surtout limitées à l'adoption plus large du télétravail. Notre rapport profond à la performance, lui, n'a pas vraiment évolué.


Sortir de la confusion entre « occupé » et « efficace »

Il est temps de dissocier clairement ces deux notions. Une personne réellement productive n'est pas celle qui court partout, mais celle qui atteint ses objectifs en optimisant son temps et ses méthodes de travail. L'agitation permanente n'est pas un signe d'efficacité c'est souvent, au contraire, le symptôme d'une mauvaise organisation ou d'une pression mal gérée.

La bonne nouvelle, c'est qu'il existe aujourd'hui de nombreux outils pour être plus efficace sans travailler davantage : l'intelligence artificielle, les nouvelles technologies, de meilleures méthodes de gestion de projet, une collaboration d'équipe mieux structurée. Il est tout à fait possible d'obtenir de meilleurs résultats sans augmenter la charge de travail encore faut-il accepter de changer notre façon de mesurer la valeur du travail accompli.


En résumé

Une personne qui travaille sereinement, qui respecte ses délais et qui préserve un bon équilibre de vie n'est pas moins investie que les autres. Bien au contraire : elle a peut-être simplement trouvé la façon la plus efficace et la plus durable de travailler. À l'heure où la pression à la performance pousse certains vers des solutions risquées pour leur santé, il devient urgent de repenser collectivement ce que signifie réellement « être productif » avant que le prix à payer ne devienne trop élevé.

 
 
 

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